mardi 3 février 2009

Socio-éco2

Un nouveau Repère des éditions La Découverte vient de sortir, sur L'empreinte écologique (A. Boutaud et N. Gondran). H. Kempf en fait la critique dans Le Monde.
Quoi que l'on pense de l'empreinte écologique (argument valable, constat horrifiant ou moyen de pression totalitaro-écologique), la parution de l'ouvrage ne peut pas laisser indifférent au moment où plusieurs plans de relance économique fondent une partie de leurs actions sur la croissance verte.

Croissance et empreinte écologique vont-elles de pair ? Si nous voulons réduire une empreinte écologique devenue trop lourde par rapport aux capacités naturelles, pouvons-nous continuer à entretenir notre désir de croissance ? La croissance verte n'est-elle pas un argument de vente, plus "propre" que ce que nous avons connu jusqu'à présent, mais tout aussi destructeur pour notre environnement ?
Exemples : les cellules photovoltaïques contiennent des gaz bien plus dangereux que le CO2 ; la voiture électrique va nécessiter une production accrue d'électricité, n'implique-t-elle pas automatiquement, pour que cette électricité soit propre (sans émission de CO2) et en quantité suffisante, une augmentation du nombre de centrales nucléaires ? La dématérialisation qui économise du papier par l'usage accru des supports numériques multiplie également les dépenses énergétiques, la construction d'ordinateurs intégrant des composantes nocives pour l'environnement. Etc, etc.

Comme le rappellent les auteurs de l'ouvrage, la prise en compte de l'environnement a pour conséquence de penser les indicateurs différemment. Le PIB fonctionne très bien dans une perspective productiviste. Pas dans la perspective d'une protection des écosystèmes. Il faut donc intégrer d'autres données au calcul de développement. L'empreinte écologique pourrait constituer non pas un indicateur, mais un outil intégrable à un nouvel indicateur. Sur lequel bien des économistes travaillent actuellement.

Mais tout cela me pose des problèmes philologiques : que veut-on signifier par "croissance" et par "développement" ? On "croît" vers quoi ? On se développe pour atteindre quoi ?
La croissance est nécessaire pour "soutenir l'emploi" et assurer les redistributions sociales de l'État. Ouh là, le problème se complique. L'État ne serait qu'un redistributeur social s'appuyant sur l'activité économique générée par d'autres que lui pour permettre à tous de bénéficier du "développement". L'État comme garant des droits sociaux, quoi. Evolution constatée par Habermas, par exemple. Et le citoyen dans tout ça ? Ses droits se limitent-ils aux "droits fondamentaux de deuxième génération", c'est-à-dire aux droits socio-économiques (oublions les droits civiques et politiques, ils paraissent tellement dépassés chez nous) ? Mais non, il y a des droits fondamentaux de troisième génération : le droit au bien-être (mais oui, vous savez bien, l'écran plasma, l'IPod, les jeux en ligne, la machine à laver qui fait sèche-linge et bientôt four micro-onde, les écrans publicitaires qui vous envoient des sms pour acheter le dernier album du chanteur dont vous avez quatre tubes dans votre téléphone portable, le bien-être, quoi), à un environnement sain…

Mais tout cela est-il bien conciliable ? Ne faut-il pas se demander
- comment faire accéder les populations des pays émergents, mais aussi l'ensemble des populations des pays développés, à un bien-être qui ne soit pas forcément consumériste ?
- comment concilier l'accès au bien-être et la protection environnementale ?
- quelles technologies développer pour y accéder ?

Bref, revoir nos principes économiques dans une perspective socio-écolo-économique. Socio-éco2, quoi !

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